Un vaste sentiment d'injustice


Mercredi, 1 Août, 2012
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Pote à Pote n°99, Avril 2005

Pendant deux mois, les lycéens ont manifesté contre la réforme Fillon. A la tête du mouvement, une jeune fille de 18 ans élève en terminale au lycée Jules Ferry de Conflans-Sainte-Honorine (78). Souriante, sérieuse et qui n'a pas sa langue dans sa poche. Avec elle, nous sommes revenus sur le "malaise lycéen".


Pote a pote : Les lycéens n’étaient pas descendus dans la rue depuis 1998. Qu’est-ce qui a motivé leur récent mouvement ?

Coralie Caron : Tout a commencé avec la suppression de classes de STT au lycée Michelet de Vanves. Puis c’est le lycée Michelet de Vanves. Puis c’est le lycée Dorian de Paris qui s’est mis en grève. Au début, tout se passe sur des questions de conditions d’études. Là-dessus, il y a la réforme Fillon. C’est ce qui a mis le feu aux poudres


PàP : Bon, cette réforme Fillon, il y avait quoi dedans ? Etait-ce juste une excuse pour manifester ?

C.C : C’est un long processus ! A l’origine, il y a un « débat » avec tous les acteurs de l’éducation, qui doit aboutir à une réforme du lycée. Mais comme d’habitude, tout le monde est présent sauf les lycéens. Ce « débat » débouche sur 14 propositions, qui constituent le socle de la loi. Et au bout du compte, qu’est-ce que qui se passe ? Il se passe que la loi Fillon n’est autre qu’Une énième tentative pour faire des économies. C’est ça la logique de cette loi ! Alors quand on a vu que, sur une situation déjà dégra- dée, le ministre nous proposait ça, on s’est dit : là ça ne peut plus durer.


PàP : Mais il y a avait une autre logique à la loi Fillon : savoir lire, écrire, compter. Grosso modo passe de l’objectif « 80% d’une classe d’âge au bac » à celui des « savoirs fondamentaux »...

C.C : Oui c’est ça. Objectif qu’on pourrait appeler aussi « Bosse et tais-toi » ! Le problème : contrairement à lui, on a lu sa réforme.


PàP : Finalement, peut-on dire que sur certains points au moins vous avez ob- tenus satisfaction ?

C.C : Le principe, pour ce gouvernement,est simple : ce n’est pas la rue qui gouverne. Dés lors, il a suspendu la réforme du bac, et rétablie l’option éco en seconde, qui avait été supprimée dans le lot. Mais c’est tout. D’un point de vue du contenue, ce n’est pas grand-chose. En revanche, il y a eu une vraie prise de conscience chez les lycéens. Et ça, c’est positif. Nous, ce qu’on voulait, ce n’était pas de mettre les lycéens dans la tue pour le plaisirs. On voulait négocier une bonne réforme. Mais ils n’ont rien voulu négocier, contrairement à ce qu’ils disaient dans les médias. « Ce mouvement l’a montré : ce n’était pas les lycéens de centre-ville qui allaient dans la rue. C’était ceux de banlieue en ceuxdes lycées ghettos, qui disaient ‘‘ Donnez- nous un avenir’’ Il existe plus que jamais une Ecole à deux vitesse. C’est ça le malaise... »

 

PàP : Existe-t-il toujours ce qu’on appelle un « malaise lycéen » ?

C.C : Bien sûr. Ce mouvement l’a montré : ce n’étaient pas lycéens de centre-ville qui allaient dans la rue. C’était ceux de banlieue, ceux des lycées ghettos, qui disaient « Donnez-nous un avenir ». Il existe plus que jamais une Ecole à deux vitesses. C’est ça le malaise... Les lycéens ressentent un vaste sentiment d’injustice, et ils vivent au jour le jour les coupes budgétaires. C’était un mouvement d’élèves sérieux et responsable, mais confrontés à une impasse.

 

PàP : Bon parlons des casseurs As-tu une explication ? On les voit depuis 1990 dans les manifs lycéennes...

C.C : Ce n’est pas un problème d’en par- ler. Les casseurs, c’est juste la fracture sociale qui s’exprime dans la rue, il n’y a pas d’autre explication. Ce sont des mecs des cités qui n’ont plus rien, et qui viennent foutre la m... Apres, c’est sûr le fait que cene soit que des Blacks ou des Rebeu, ça fait deux points de plus à le Pen, assurés. Dire ça ne le s’excuse pas, mais le ministre a besoin des casseurs pour dire aux manifestants, les vrais : « Voyez, si vous venez, ce qui risque de vous arriver ».

 

Pàp : Mais il y a quand même un changement de nature dans les violences. Avant, ils s’en prenaient aux vitrines, et maintenant aux manifestants eux- mêmes. 

 

 

C.C : Bien sûr, ça veut juste dire que la situation s’aggrave. Ce qu’on a vu dans les manifs, ce n’est rien d’autre que la loide la cité. Les casseurs sont des jeunes issus de milieux très, très défavorisés.


PàP : Coralie, ce serait quoi, une vraie réforme de l’Education ?

 

 

C.C : Ce serait des moyens pour les lycées ghetto, qu’on prenne en compte ce que les lycéens ont à dire, qu’on arrête de les prendre pour des crétins, et qu’on donne les même chances aux lycées de Sarcelles qu’à Henri IV. Et quand je dis des moyens, ce n’est pas du saupoudrage.

 

PàP : Donc rien n’est réglé ?

C.C : Non, rien. Mais je ne désespère pas. Déjà des collégiens sont vénus dans les manifs. Ils seront là à la rentrée de septembre, car ils sont conscients des enjeux. Avec la FIDL, on a organisé des référendums dans les classes. Les lycéens sont majoritairement pour conserver le cadre national des études secondaire, pour un meilleur budget, des effectifs réduits d’élèves par classe, des TPE, et une réforme des filières pro et techniques. On avance !

 

La rédaction

 

 

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