La loi debré, c’est plus de police et moins de justice


Mercredi, 1 Août, 2012
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Supplément 1997

Sous la pression de l'extrême droite, l'idée selon laquelle il y aurait un lien entre chômage et l'immigration s'est répandue à tel point qu'elle a fini par faire oublier les réalités économiques et à justifier toutes les régressions. Liêm Hong-Ngoc, économiste, signataire de la pétition "sans papiers : régularisez !", et de "l'appel des économistes pour sortir de la pensée unique", y répond sur le fond. 


Peut-on-dire – et laisser dire – que les immigrés sont responsables du chômage ?

Liêm Hoang-Ngoc : De nombreux économistes s’accordent pour dire que ce n’est pas l’immigration qui serait responsable du chômage. Voir en l’immigration la cause du chômage revient à penser que c’est le gonflement de la population active qui a accru le chômage. Les chiffres montrent bien que la population active continue à croître au même rythme depuis le lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Autrement dit, pas plus les immigrés que les femmes ne peuvent être considérées comme cause de chômage. Ce qui s’est en revanche produit au milieu des années 70, c’est un ralentissement de la dynamique de création d’emplois. Les immigrés, les jeunes, les non- qualifiés sont les premiers touché par ce ralentissement. Autre élément à la décharge des immigrés : la part des étrangers dans la population active française n’est pas la plus élevée de la Communauté européenne puisqu’elle est de 6,3%, contre 7% en Allemagne ou 9% en Belgique. On ne peut donc pas dire que la France soit excessive en la

matière. Quant au travail clandestin, parmi les infractions qui sont constatées, seuls 6,1% concernent les travailleurs étrangers en situation irrégulière. On sait par ailleurs que les employeurs d’immigrés clandestins se sont pas des étrangers, ce sont bel et bien des employeurs français. Tout ça pour dire que l’immigration n’est rigoureusement pas la cause du chômage quand on étudie sérieusement les chiffres.

 

La situation de chômage en France doit-elle justifier l’arrêt de l’immigration comme c’est le cas depuis 1974 ?

L.H-N. : La question de l’ouverture des frontières est avant tout une question politique. Si on considère que c’est la République qui fonde la nation et non le contraire, comme le pense l’extrême droite, il faut admettre que l’adhésion à des règles politiques minimales constitue le socle de cette République. Il faut construire un certain nombre de règles pour les gens qui veulent adhérer à un contrat social. J’ai signé la pétition des sans-papiers précisément parce que les règles inscrites dans les lois Pasqua- Debré créaient des zones de non droit et, pratiquement, fabriquaient des sans-papiers mécaniquement. Je suis donc pour des règles mais pour que ces règles soient clarifiées et pour que c’est gens, déclarés irréguliers du fait de l’inadaptation des lois, soient régularisés. A partir de là, devraient être discutés de vrais critères d’adhésion au contrat social. D’un point de vue économique, le marché du travail, contrairement à ce qu’on dit, est extrêmement peu mondia- lisé. La mobilité de l’emploi est faible entre les régions de l’Europe dans les années 60, elle a été organisée. Elle l’est encore dans certains secteurs même si les flux migratoires sont désormais maîtrisés. A la limite, l’ouverture totale des frontières sans contrôle n’arrangerait que les libéraux, qui verraient là un moyen de mettre en cause notre contrat social en favorisant la venue d’une main d’œuvre acceptant des salaires et des conditions d’emploi dérisoires.

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