L’ANRU déloge les poètes


Lundi, 26 Décembre, 2011
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A peine construit déjà démoli. Cela pourrait résumer la politique des municipalités qui, sous prétexte de rénovation urbaine, délogent des habitants, détruisent des habitations encore fonctionnelles, pour profiter des primes à la démolition orchestrées par l’ANRU. Mais les associations pour la sauvegarde du patrimoine architectural urbain ne l’entendent pas de cette oreille.

 

(crédit photo : Olivier Nouyrit)

 

Ce n’est pas le Cercle des Poètes disparus, c’est la Cité des Poètes démolie. Nous vous en parlions déjà l’année dernière1, à Pierrefitte en Seine-Saint-Denis (93), malgré les nombreuses protestations contre un projet de démolition, les pelleteuses sont finalement entrées en action pour raser la partie Desnos. La déconstruction de la verrière, symbole de la Cité des Poètes, a commencé à Noël 2009 suite à un arrêté du maire.

 

Démolir plutôt que réhabiliter

 

Tête de pont de la mobilisation contre cette démolition, l’association DOCOMOMO France (DOcumentation et COnservation des bâtiments du Mouvement Moderne) fait partie d’un réseau international œuvrant pour la sauvegarde du patrimoine du XXème siècle. « La mobilisation a commencé à la suite d’une visite sur place et d’un signalement », raconte sa présidente Agnès Cailliau. « Il s’agissait d’un des premiers projets de démolition de l’ANRU organisé par la Préfecture de Seine-Saint-Denis. Il est très difficile de lutter contre cette aberration. Il n’y a pas eu de diagnostic. Personne n’a pu dire que l’habitat était en mauvais état. » Forte d’une pétition de 800 signatures autour de laquelle se sont rassemblés des habitants du quartier, l’association avait également saisi la justice. « Nous avons attaqué le permis de construire et écrit au Ministère. On a été entendu au Tribunal puisqu’on a réussi à faire arrêter les travaux.» Court répit. DOCOMOMO a été déboutée le 25 janvier 2010 par le Tribunal Administratif de Montreuil.

 

Le combat était inégal. Les forces d’une petite association qui se bat pour la préservation de la mémoire urbaine n’ont pas fait le poids face aux promesses sonnantes et trébuchantes de l’ANRU. « Nous avons financé notre recours en justice sur les fonds de l'association, qui n'a plus un sou, et sur les deniers personnels de certains membres du bureau de l'association. Le maire, lui, avait dans l’idée de raser cet ensemble afin d’obtenir des crédits. » C’est ce qui explique, selon Agnès Cailliau, le choix de la démolition plutôt que la réhabilitation. « Il s’agit une dérivation des crédits qui sont plus importants quand on démolit que quand on restaure. » Et la présidente de dénoncer « des pratiques qui dévoient des bonnes intentions de l’Etat au départ. »

 

Un patrimoine dénigré

 

Pour autant, est-ce que ce combat ne devait pas être mené ? Aujourd’hui, DOCOMOMO se mobilise à nouveau. La même configuration se présente à Courcouronnes où des bâtiments Chemetov2 ainsi qu’un hôpital sont voués à la démolition par la politique de l’ANRU. « Nous venons d’écrire au maire. Les gens doivent partir, ils en sont malades. Pour suivre les politiques de l’Etat, on leur fait miroiter une opération urbaine dans laquelle on supprime des logements sociaux. Dans le même temps, on veut démolir un hôpital qui fonctionne bien, qui n'a que trente ans, et de très grande qualité. » En protestant inlassablement contre la destruction jugée arbitraire du patrimoine urbain, l’association réussit à mobiliser des habitants et met le doigt sur une politique contestable. Une politique de redistribution automatique qui n’est pas faite pour être pensée. En attendant, DOCOMOMO France continue de financer sur ses propres deniers, ceux des cotisations de ses adhérents, ses actions en justice et s’acharne pour la sauvegarde d’un patrimoine que l’on s’acharne à dénigrer.

 

Christine Chalier

 

1Voir Pote à Pote n° 128.

 

2Du nom de l’architecte Paul Chemetov

 

 

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