Dormir dehors à rêve ouvert


Lundi, 26 Décembre, 2011
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Il ne suffit pas d’avoir l’Abbé Pierre comme « protecteur » pour oser l’ouvrir. Il faut déjà avoir la foi d’un militant comme Gérard Racinne qui, pour sauver la vie d’un démuni, a menacé de dormir dehors.

 

(crédit photo : Emmaüs France)

Est-il plus simple de venir en aide aux autres quand on a l’Abbé Pierre comme soutien ? Voilà la question que je me suis posé. Je voulais savoir s’il était plus simple de se faire entendre quand on appartenait à une des composantes de la galaxie créée par l’Abbé Pierre. C’est-à-dire, puisqu’on serait symboliquement protégé par le parapluie made in Abbé Pierre, alors on pourrait affronter les injustices du monde et parvenir à les régler sans encombre. En fait, c’est tout le contraire. La réponse est ailleurs parce qu’ici ce n’est pas la bonne question. Il ne suffit pas de savoir que ce parapluie existe, non, ce n’est pas si simple : encore faut-il qu’il existe des gens pour s’en saisir, des individus pour l’empoigner, des militants pour agir --- et, du bout des bras, ne jamais renoncer à aller poser un petit coin de paradis sur la tête de ceux qui dorment dehors à rêve ouvert.

 

Gérard Racinne est venu au monde sans parapluie. « Je suis né dans la rue, hébergé dans une caravane, avec 4 frères et sœurs, à 12, 13 ans, on dormait dans une chambre pour six, dans une « cité d’urgence » au pied d’une tour d’ordure à Alfortville, rue de Grenoble. Mes parents n’avaient pas de logement alors qu’ils travaillaient ». Aujourd’hui, ouvert au monde, formé au syndicalisme, membre de l’Observatoire International des Prisons, Gérard Racinne est devenu un compagnon d’Emmaüs. « Oui, les Pauvres peuvent être en capacité de mener une politique pour les pauvres ». Outre un père militant chrétien communiste syndical qui lui a enseigné le respect de l’autre, ce qui va le pousser à s’éveiller, à se former, et à se révolter, ce sont des épisodes douloureux comme les morts du président Allende au Chili, « renversé par la CIA et Pinochet », et du manifestant Pierre Maitre, « assassiné par les patrons de Citroën ». Mais aussi des figures positives « Mandela contre la ségrégation, et Gandhi avec son combat de la non-violence ». Il avait 15 ans. Aujourd’hui, presque 30 ans plus tard, le responsable de la communauté Emmaüs de Berry-au-Bac dans l’Aisne a mené une action citoyenne pacifiste qui a sauvé la vie d’un démuni.

 

Gilles K. vit dans la rue. Et il est gravement malade. C’est son cœur. Mais personne ne veut le recevoir. « Dans le conflit, on fait guère avancer les choses » me rappelle Gérard Racinne. Mais à la CPAM (Caisse Primaire d'Assurance Maladie) de Laon, on complique tout, et on ne veut rien savoir. « La majorité, ils ne veulent pas faire le mal. Il suffit de quelques uns… un exécutant qui ne comprend pas le sens de ce qu’on lui demande… » Certes, mais pour Gilles K., ça devient urgent : il lui faut son dossier. Il a droit à la CMU. Il n’est même pas en état d’aller le demander lui-même tellement ses problèmes cardiaques l’en empêchent. Il lui faut la permission d’obtenir ses médicaments, maintenant. Tout de suite. « Si l’employé, au lieu de refuser, il avait fait appel à son supérieur alors… » alors Gérard Racinne ne serait pas allé jusque-là : menacer de dormir dehors, là, devant les bureaux de la CPAM --- et en présence de la presse.

 

« Si la loi est bien faite, on se bat pour elle. Si elle est mal faite, faut être désobéissant ». Le compagnon appelle le préfet, et annonce à ce dernier que la presse est déjà au courant. La détermination de Gérard Racinne a déjà combattu les conditions inhumaines de la prison, « qui au lieu de réparer, aggrave ». Sa détermination a déjà lutté contre le harcèlement « psycho-affectif pervers de certains patrons ». Le compagnon tiendra parole, le préfet le sait, la presse le sait, tout le monde le sait. Après ce coup de fil, il est reçu, et en cinq minutes le dossier était résolu. Ça a marché ! Sa détermination rendait sa menace trop crédible. Gérard Racinne n’a même pas été obligé de dormir dehors.

 

Gilles K. a eu sa CMU. Mais il a préféré partir. « Cette humiliation qu’il avait subie, il n’a pas pu la supporter ». C’est terrible. « Le courrier de la sécurité sociale de Gilles, on l’a fait suivre dans une autre communauté Emmaüs ». Le travail de transformer le parapluie made in Abbé Pierre en bâche encore plus grande, reste à faire. Mais pour garantir ces petits coins de paradis pour tous, il faudra encore des Gérard Racinne pour… oser y croire. Et oser se retrousser les manches.

 

 

dolpi

 

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Unis contre le Sal-logement

 

« Plus personne ne sera contraint de vivre dans la rue » avait promis l’actuel Premier Ministre. Mais, par manque de résultat concluant, on peut dire que l’État ne s’est toujours pas engagé dans une politique plus volontariste. Réponse de la société civile ? Le Collectif des associations Unies regroupe 31 associations actives dans le domaine du mal-logement depuis janvier 2008, notamment la Fondation Abbé Pierre, Médecins du Monde, les Enfants de Don Quichotte, l’association Nationale des Compagnons Bâtisseurs, France Terre d’Asile, ATD Quart Monde,l’Armée du Salut, La Croix-Rouge Française…

Ce vendredi 5 novembre 2011, les 31 associations du Collectif ont décidé de hausser le ton. Elles ont installé des tentes sur le Pont des Arts, à Paris. Avant de se faire démanteler par les CRS, devant la presse et dans le calme. Nouvelle de dernière minute : l’actuel Premier ministre s’est engagé à recevoir le Collectif...

Pour plus d’informations : www.fondation-abbe-pierre.fr

 

Merwan Mettouchi

 

 

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