Les antiracistes doivent se réapproprier pleinement le débat sur l’identité nationale


Lundi, 17 Août, 2009
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En 2007, Sarkozy a axé la fin de sa campagne électorale sur le thème de l’identité nationale, quelques semaines seulement après les émeutes de novembre 2005. 


Nombre de citoyens antiracistes se sont alors sentis révoltés, à juste titre. Le candidat, en effet, usait sans vergogne des stratégies populistes de l’extrême droite. Chacun comprenait bien la partie subliminale de son discours : les Arabes et les Noirs ont fait ces émeutes et ne sont pas de vrais Français. Quoi qu’en dise leur carte d’identité, ils ne le seront jamais, selon lui.

Mais cette révolte nous a fait tomber dans un piège : celui de croire que l’identité nationale était forcément un thème raciste, d’extrême droite. La réalité est que ce débat — qu’est-ce que l’identité nationale française aujourd'hui ? — est crucial. Et c’est bien nous, les antiracistes, qui l’avons posé les premiers. Depuis des années, nous y réfléchissons, et nous y avons répondu simplement. En parlant de « nouveaux Français » ou de métissage depuis les années 1990. Le 1er mai 2002, lorsque Le Pen est arrivé au second tour de l’élection présidentielle et qu’en tête de la gigantesque mobilisation contre ses idées, la banderole disait « La France c’est nous ».

Ce débat, ce sont les marcheurs pour l’Égalité de 1983 qui l’ont initié, eux qui ont usé leurs baskets sur toutes les routes de France. Ils affirmaient déjà : « ceci est notre pays ; nous sommes sa jeunesse ». Plus récemment, ce sont encore des antiracistes qui ont permis qu’on parle enfin des vieilles questions qui minent depuis trop longtemps nos mémoires, à propos des traites, de l’esclavage, ou de la colonisation. Pas à la manière de ceux qui, emportés par leur colère, crient que la France reste la même aujourd’hui qu’en Algérie, même si nous partageons leurs frustrations, tant il y a de discriminations et de violences. L’enjeu ici reste encore l’identité française, et si nous nous saisissons de ces questions, c’est pour construire l’identité collective de demain. Pour approfondir notre lutte antiraciste. Pour promouvoir une définition de la nation française qui laisse sa place à chacun et donne à tous l’envie de s’y reconnaître. Une conception qui permette enfin à ce que chacun reconnaisse l’autre comme membre du même tout. Et évidemment pas pour nous opposer à d’autres nations. 

Nous traitons donc cette question de l’identité nationale depuis bien longtemps. Alors, n’ayons plus peur du mot, ni de Sarkozy. Lui, n’a aucune idée à propos de l’identité nationale, à part que ces mots, prononcés avec plein de sous-entendus, lui attirent certains électeurs du FN. Avancer sur le fond à propos de l’identité nationale, c’est le meilleur moyen de le défaire. Certains dans la famille antiraciste s’y sont déjà mis… emboîtons-leur le pas.

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