Les Indignés : « on lâche rien, walou ! 


Lundi, 26 Décembre, 2011
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Après sept mois de lutte, où en sont les activistes d’Occupy et Démocratie Réelle Maintenant ? D’où vient ce mouvement ? A qui s’oppose-t-il ? Que propose-t-il ? Retour sur un mouvement social mondial unique par sa forme, son fond et sa méthode.

 

(crédit photo : Slim Djilali)

De Democratia Real Ya à #OccupyWorld : une lame de fond des indignés mondialement connectée.

Inspiré par le succès du début des Révolutions arabes, et l’essai de S. Hessel  Indignez-vous, le 15 mai 2011, des milliers d’Espagnols de tous âges, de toutes classes sociales, se retrouvent place de la Puerta del Sol à Madrid. Sous le cri de « No nos representan », « Los Indignados » dénoncent un pouvoir partagé entre le parti populaire et le parti socialiste ouvrier espagnol. La société espagnole est frappée par une paupérisation et une précarisation qui touchent l’ensemble de la population. Ces Indignés demandent une démocratie horizontale, un autre système économique, un autre système politique, en somme : la « Democracia Real Ya ! ».

Ailleurs, même constat. Les Portugais marchaient peu de temps avant au centre de Lisbonne sous la bannière « Marche des précaires ». En Grèce c’est à Thessalonique et à Athènes que la population dénonce majoritairement les plans de rigueur. En Israël la Révolution du « Cheese Cake » des classes moyennes dénonce la baisse de leur niveau de vie. En Amérique latine, les Chiliens dénoncent la casse de l’Education publique. Les étudiants anglais et américains dénoncent l’augmentation des frais d’inscription et la paupérisation de la jeunesse. En octobre, le mouvement gagne les Etats-Unis, le mouvement « Occupy » germe sur les réseaux sociaux Twitter et Facebook. Des milliers de personnes se réunissent devant Wall Street. La première puissance mondiale est frappée par le mouvement des Indignés. De même qu’en Asie où le peuple indien se soulève contre son système politique. On parle d’une oligarchie économique, financière, les 1 % qui concentrent la totalité des richesses, face aux peuples, les 99 %.

 

De « Yes we camp à la Bastille ! » à « #Occupydefense » : les Indignés français veulent la réelle démocratie maintenant !

En écho à la mobilisation espagnole, la communauté hispanique se mobilise devant l’ambassade espagnole à Paris. Très vite des connexions se créent avec quelques collectifs parisiens sur Facebook. Un rendez-vous est fixé un vendredi, devant les marches de l’opéra Bastille par le biais de la page Facebook « Yes we camp à la Bastille ! ». Le 25 mai, 3 000 indignés se réunissent place de la Bastille. Le mouvement s’auto-organise autour du travail des commissions, des groupes de travail, des assemblées générales, des réunions sur les réseaux sociaux… . Les pages Facebook rassemblent rapidement plusieurs milliers d’internautes. Le 14 juillet, le mouvement Réelle Démocratie Maintenant organise une journée nationale. Le 15 octobre, les Indignés répondent à l’appel mondial des indignés et se rassemblent par milliers sur la place de l’hôtel de ville à Paris et sur les grandes places des grandes villes françaises.

Le 4 novembre, certains veulent suivre l’exemple d’ « Occupy wall street ». Un appel est lancé par des indignés et les collectifs France Uncut et les Pas de Noms. A 17h, un millier de personnes se réunissent au cœur de la Défense. Les Indignés de Démocratie réelle maintenant dénoncent le système économique et financier et politique. Mais les CRS et gendarmes mobiles chargent, piétinent les indignés et déchirent les tentes déployées. La vidéo est vue sur You Tube par plus de 64 700 internautes. Sur place, les Indignés reçoivent des témoignages de solidarité de la part de Parisiens, de banlieusards et de salariés de la Défense. Pendant un mois, ils ne manqueront ni de nourriture, ni de chaleur humaine.

Le 4 décembre, Démocratie Réelle Maintenant et Occupy Defense appellent à se joindre à la deuxième journée mondiale des Indignés : « après l’occupation du temple de la finance et de la spéculation, les Indignés se tournent à présent vers la question des droits de l’Homme : diverses actions sont prévues ce 10 décembre […] les Indignés appellent désormais à une nouvelle mobilisation le samedi 10 décembre à 14 heures, place de Clichy ».

 

Un mouvement, des mouvements ? Pour quel(s) projet(s) de société ?

De San Francisco à Sydney, les Indignés se sentent appartenir au même mouvement. Malgré des appellations différentes des formes de mobilisation similaires fondent leur unité. L’occupation de l’espace public est le socle commun. Que se soit devant Wall Street, sur la place de la Bourse à Paris ou à la Défense, de nombreux rassemblements ont fleuri sur les places qui symbolisent le pouvoir économique, financier et politique.

La réflexion est participative et horizontale, des « groupes de travail » s’organisent en cercle. Chaque citoyen peut prendre la parole. Des modérateurs sont là pour temporiser les assemblées générales. Des militants se chargent de faire des comptes-rendus, twittent, filment les rassemblements en direct.

Beaucoup se revendiquent du mouvement altermondialiste, certains se disent libertaires et la majorité se déclarent être « sans étiquette ». On recommande au militant partisan et syndicaliste de respecter la neutralité du mouvement. La démocratie réelle doit s’exercer sans chef, sans hiérarchie, sans représentants. Le travail de réflexion est de fait long et fastidieux mais les assemblées arrivent à voter les propositions sur un consensus. La force du mouvement des Indignés, c’est la capacité de se remettre perpétuellement en question et de nourrir un travail de réflexion intense. Preuve en est, les sites internet regorgent de propositions.

 

On peut regretter un manque de propositions claires, certes. Mais on ne peut leur reprocher d’essayer de refaire le monde. À l’heure où la crise des dettes s’amplifie, les Indignés proposent une démarche surprenante. Mais ils ont le courage de mettre les mains dans le cambouis avec pugnacité et persévérance ! Le mouvement peut se résumer en un de leur slogan : « Ils nous empêchent de rêver, nous ne les laisserons pas dormir ». Et vous ?

 

Julien Kien

 


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