L’Iran contestataire


Lundi, 17 Août, 2009
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Depuis près d’un mois, les médias occidentaux ont donné à voir une opinion publique iranienne qui n’était pas à l’unisson avec son gouvernement. Cette représentation est en décalage sensible avec celle qui prévalait ces dernières années. Les Iraniens ont montré qu’ils se mobilisaient plus massivement pour la défense de leurs droits fondamentaux que pour le droit à l’énergie nucléaire. En effet, la campagne électorale a montré que les enjeux intérieurs primaient sur les enjeux extérieurs. Cela s’est donné à voir avant et après les élections.


Les débats de la campagne électorale pour les élections présidentielles, du 12 juin 2009, ont essentiellement porté sur la dégradation de la situation économique, la question des discriminations que subissent les femmes, l’exercice des droits civiques, l’ambiance ultra sécuritaire, etc. Sur tous ces points, la situation s’est dégradée sous la présidence de M.Ahmadinejad ce qui explique que la population se soit massivement mobilisée pour contrer la réélection du président sortant. Soulignons un fait qui est une évidence : comme tous les citoyens du monde, les électeurs iraniens se préoccupent plus de leur bien-être et de leur vie quotidienne que de l’équilibre géopolitique au Moyen-Orient.

On peut compter parmi les contestataires, des partisans de M. Mousavi, de M. Karoubi, des abstentionnistes, des électeurs ayant choisi les candidats réformateurs par adhésion à leur programme et d’autres par pure stratégie. Mais au-delà de cette diversité, il semble que ce soit l’ampleur de la fraude électorale ainsi que le mépris de M. Ahmadinejad et du guide suprême, M. Khamenei, qui a permis d’unir le peuple dans ce mouvement de contestation. Ce mépris s’est particulièrement exprimé dans le prêche du guide au cours de la prière du vendredi 19 juin et a eu pour conséquence la remise en question de la légitimité même de la République islamique. Ce fait a même été évoqué comme risque par M. Mousavi dans l’un de ses communiqués.

La réaction des pouvoirs publics face à la mobilisation, massive et pacifique, témoigne encore une fois du peu de considération dont fait preuve le gouvernement pour le droit d’expression des citoyens iraniens. La répression a été sanglante et de nombreux manifestants, personnalités du mouvement réformateur et journalistes, ont été arrêtés.

La brutalité de la répression parviendra peut-être à arrêter un temps les protestations de rue et il est impossible, pour l’instant, de faire des pronostics sur l’avenir du mouvement. Mais ces trois semaines ont, au moins, permis de mettre la lumière sur un autre Iran : un Iran ignoré, jusque-là, par l’appareil médiatique de la République islamique et par les médias occidentaux, l'Iran des citoyens qui continuent de se battre pour leur liberté, qui continuent de résister, malgré la répression, et qui, par leur résistance même, rendent illégitimes les auteurs du coup d'Etat électoral.  

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