Israël / Palestine : en finir avec le nationalisme


Jeudi, 20 Octobre, 2011
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Directrice d'études à l'école pratique des Hautes Etudes, historienne spécialiste du peuple juif mais aussi femme politique engagée aux côtés de EELV (le parti écologiste); Esther Benbassa parie sur un modèle fédératif pour déclencher la paix en Palestine.


Quelle est votre position sur la question palestinienne et votre vision sur une éventuelle résolution du conflit ?

Je vis ce conflit d’’une manière peut-être un peu plus intense parce que je suis d’’origine israélienne. J’’ai grandi en Israël. Je tiens à l’’existence d’’Israël comme je tiens également à la fondation d’’un Etat palestinien aux côtés d’’Israël, ou sinon à un modèle fédératif entre Israël, Gaza et la Cisjordanie. Dans un premier temps, ces trois confédérations, indépendantes, pourraient trouver un modus vivendi pour créer des institutions communes et se gérer. Gaza et la Cisjordanie pourraient être liées à Israël par des liens administratifs tout en restant autonomes et auraient des représentants au Parlement israélien. Et en compensation de ce qui s’’est passé en 1948-49, les expulsions ou le départ des Palestiniens, les Palestiniens auraient des droits dans les Etats autonomes de Gaza et de Cisjordanie, dont bénéficient les Israéliens : pension de veuvage, pension de vieillesse, infrastructures de santé. Il y aurait un passage libre. Je pense à trois confédérations parce qu’’il se peut que le Hamas et la Fatah ne puissent dans la durée tenir ensemble.

Dans une deuxième étape, on pourrait très bien imaginer que ces deux unités autonomes vivant en voisinage avec Israël, passeraient de l’’autonomie à l’’indépendance et créeraient une vraie fédération avec Israël. Trois confédérations dans la même région, et des rapports pacifiés avec le monde arabe.

 

Pensez-vous que le Hamas doit entrer dans les négociations et à quelles conditions ?

Oui bien sûr. J’’ai écrit une tribune dans Le Monde pendant l’’offensive de Gaza expli- quant que le Hamas est un partenaire à part entière. L’’OLP a été terroriste aussi. Il a mis cravate et costume, a négocié à Oslo et a reconnu l’’Etat d’’Israël. Le Hamas le reconnaîtra aussi un jour. On ne peut pas faire fi de ce partenaire qui est sur place et qui a été élu.

 

Qui, aujourd’’hui en Israël, porte ce discours ?

Suite au printemps arabe, aujourd’’hui en Israël, des intellectuels et des personnalités politiques demandent qu’’il y ait un Etat palestinien. Depuis Oslo c’’est nouveau. Même si le printemps arabe n’’a pas eu d’’effets visibles sur la population palestinienne, on peut penser qu’’Israël est déboussolé car il a perdu des interlocuteurs fixes auxquels il tenait, comme Moubarack... La société civile joue un rôle très important. Cette opinion demain peut se dire : « On en a assez, on veut vivre tranquillement. On veut un pays en paix et le prix de cette paix est un Etat palestinien. »

 

Cette proposition n’’est pas relayée ni sur la scène politique ni sur la scène médiatique...

Parce qu’’on veut les mêmes solutions, parce que ça réconforte, sachant que les mêmes solutions donnent les mêmes ré- sultats. A savoir l’’échec. Personnellement, je suis pour que l’’ONU reconnaisse l’’Etat palestinien, ce qui lui donnerait un renouveau pour entamer d’’autres voies de paix. On peut chercher d’’autres modèles que les modèles nationalistes. On en a assez du nationalisme israélien et du nationalisme palestinien. Le problème des colonies pourrait être réglé si les gens vont librement où ils veulent. De plus, cette reconnaissance de l’’Etat palestinien isolerait Israël au point de vue médiatique. Cet isolement est très mauvais pour Israël et peut jouer sur l’’opinion publique. L’’opinion israélienne, est très fluctuante, très variable. Pendant Oslo, les Israéliens voulaient un Etat palestinien. Demain elle peut à nouveau aller dans ce sens.

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