Interview : Danielle Mitterrand, "reconnaître l’eau potable comme un droit"


Lundi, 17 Août, 2009
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Danielle Mitterrand est Présidente de France Libertés, fondation qui défend les Droits de l’Homme et l’autodétermination des peuples. Elle nous explique les raisons pour lesquelles elle a décidé d’orienter la politique de sa fondation autour de la reconnaissance d’un droit à l’eau potable, son nouveau combat.


Yasmine Oudjebour : Depuis plusieurs années, France Libertés a fait de la reconnaissance d’un droit à l’eau potable sa priorité, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Danielle Mitterrand : En réalité, un important travail de réflexion a été mené accompagné, d’économistes, philosophes, spécialistes de cette question. Mais c’est surtout l’ensemble des témoignages que nous recevions des populations, sur leurs difficultés à acquérir de l’eau potable, qui nous ont conduits à faire de cette question une priorité. On s’est rendu compte, en effet, que nous ne défendions plus les Droits de l’Homme puisque pour les défendre encore faut-il être existant. Or, sans eau potable, il n’y a pas de vie et pas seulement celle de l’homme d’ailleurs. Petit à petit, on a donc été amené à se dire mais comment revendiquer des droits si on n’est pas vivant. Ainsi l’eau s’est imposée à nous, comme un préalable à toute politique, à toute organisation de la société, et nous avons construit cette politique pour la fondation. Défendre les Droits de l’Homme c’est aussi les défendre contre toutes les violations et aujourd’hui le violateur, le plus prédateur de l’homme, c’est l’homme lui-même avec sa dictature économique et financière !

On peut donc dire, qu’à présent, la fondation se range davantage dans une organisation de gestion de cette politique, au sens noble du terme, c’est-à-dire organisation de la société.


Et concrètement, comment mettez vous en place cette politique ?

On a d’abord ciblé davantage les projets qui faisaient la démonstration de notre objectif, comme la construction de puits. Mais, s’étant aperçu que les maîtres d’œuvre de l’ensemble de cette politique étaient le système de privatisation et les grandes multinationales de l’eau, on a donc cherché, à savoir où elles pêchaient. En réalité, il s’agit de l’état d’esprit dominant, celui de la pensée unique, qui consiste à tout transformer en marchandise et en profit, au détriment d’un nombre considérable d’êtres vivants.

Ce constat m’a amené à distinguer l’humanité en deux catégories : ceux qui ne veulent rien entendre, qui se disent « Après moi le déluge ! » et ceux qui ont suffisamment éveillé leur conscience pour se dire à la fois que la nature ne peut pas continuer à nourrir cette pensée, devenue totalement aberrante et chaotique. Ce sont ceux qui travaillent à la construction d’un autre monde possible.


Quels éléments de réponses apportent ces derniers ?

Par exemple, même s’il existe plusieurs stratégies, on voit très bien, en particulier en France, que la réappropriation de la gestion de l’eau est flagrante. Notre objectif, à la fondation, c’est d’abord de sensibiliser le plus possible, de plaider sur cette cause, de la faire entendre et d’entraîner un mouvement de masse pour que ça change.  On souhaite également faire connaître les différentes expériences et les démonstrations mondiales des acteurs de terrain afin de montrer que c’est possible et d’arriver à faire pression pour que les différents gouvernements soient obligés de nous entendre et ainsi, reconnaître l’eau comme étant un droit et non plus un besoin !

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