Torture : ces femmes que l’on détruit


Mercredi, 1 Août, 2012
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En juin 2000, le Secrétaire général des Nations Unies, Koffi Annan, reconnaissait que depuis 1995, date de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, si la violence à l’égard de ces dernières avait été rendue illégale presque partout, elle avait pourtant augmenté.

Les violences faites aux femmes à travers le monde sont intolérables. Quelques chiffres : au moins 20% des femmes dans le monde ont été victimes de violences physiques ou d’agressions sexuelles (statistiques de la Banque Mondiale). Selon les rapports publiés aux États-Unis, une femme est battue toutes les quinze secondes et sept cent mille sont violées chaque année. En Inde, plus de 40% des femmes mariées sont giflées, frappées à coup de pied ou agressées sexuellement. Au Kenya, au moins soixante femmes ont été tuées lors de violences familiales entre 1998 et 1999, et 35% des Égyptiennes ont affirmé être battues par leur mari. La violence exercée dans le privé revêt différentes formes et se nourrit d’un postulat de départ : l’inégalité entre les sexes. Quant au viol conjugal, seul vingt-sept pays à travers le monde ont adopté des législations. Dans de nombreux pays, le mariage forcé n’est pas reconnu comme un délit. Étant encore trop souvent considérées comme appartenant à l’homme, les femmes font l’objet de négociations. En Inde, six mille neuf cent vingt-neuf décès de femmes liés à la dot ont été signalés en 1998. Les chiffres sont effrayants, les traitements réservés aux femmes dans de trop nombreux pays du monde, inhumains. Encore une fois sur la base d’une discrimination instaurée par l’homme. Mais lorsque l’État n’intervient pas pour empêcher ces actes, pour juger les responsables et les sanctionner, il est alors complice de ces tortures. Ainsi, au Pakistan, les femmes qui voudraient porter plainte pour viol, ne le font presque jamais. Des obstacles d’ordre légal s’y opposent. La législation prévoit que si les femmes qui sont victimes de viol n’arrivent pas à prouver qu’elles n’étaient pas consentantes, elles peuvent être alors accusées de zina (fornication), crime puni de mort par lapidation ou de flagellation en public. Les autorités pakistanaises n’ont tenu aucun compte de groupes de femmes, qui ont manifesté pour leur permettre de porter plainte, sans risquer d’être accusées. Le gouvernement, de ce fait, est complice de cette violence infligée aux femmes. Pire, il légitime par avance tous les viols, et quelques part, les absout. L’État, ce sont aussi les corps qui travaillent à son service, la police, la justice. Et là encore, les institutions, souvent, ne sont pas à la hauteur (simple euphémisme). La police, qui devrait être un des premiers relais pour les femmes en situation de violences, fait preuve, dans son ensemble, de comportements sexistes (encore un euphémisme, décidément...). Selon le gouvernement canadien, plus de 75% des femmes qui ont été victimes de graves violences conjugales ne les ont pas signalées à la police. En Thaïlande, nos gardiens de l’État conseillent aux femmes de se réconcilier avec leur partenaire. Et si vraiment elles veulent engager les poursuites, mieux vaut être riche, puisque déposer plainte se monnaie. Police et justice, en Thaïlande, considèrent les violences conjugales comme des incidents sans importance. La justice, justement, autre relais qui devrait permettre aux femmes d’espérer obtenir réparation. Au mois de février 1999, la cour de cassation italienne a infirmé un verdict, selon laquelle un moniteur d’auto-école avait violé sa cliente de dix-huit ans. Sur le simple constat qu’elle portait un jean au moment des faits... « Il est bien connu qu’un blue-jean ne peut être retiré, ne serait-ce qu’en partie sans la coopération active de la personne qui le porte. » Non, vous ne rêvez pas, (ou plutôt ne cauchemardez pas). La cour en a conclu que la jeune fille était consentante et que rien ne prouvait qu’il y ait eu viol. Toujours en Europe, jusqu’en 2000, en Angleterre, un homme accusé de viol ou d’agression sexuelle qui n’était pas représenté par un avocat pouvait faire subir à la victime un interrogatoire, l’obligeant à revivre en publicles moindres détails.

Les violences faites aux femmes par les agents de l’état.

La torture et les mauvais traitements subis par les femmes en détention sont une réalité quotidienne. Violences physiques, viols... Pour la seule période de janvier à septembre 2000, Amnesty International a recensé des cas de femmes torturées ou maltraitées dans une longue liste de pays, dont : la France, l’Espagne, les États-Unis, l’Arabie Saoudite, la République démocratique du Congo, la Chine, Israël, le Kenya, le Liban, le Pakistan, les Philippines, la Turquie, le Soudan, la Russie, le Sri Lanka et le Tadjikistan. Aux États-Unis, les violences sexuelles sont presque toujours commises par les gardiens de prison, qui en contradiction avec les normes internationales, accèdent librement aux prisonnières dans de nombreuses juridictions. Or, les témoignages des femmes ne donnent pratiquement jamais lieu à l’ouverture d’une enquête. Impunité donnée aux bourreaux par les états. En Chine, de nombreuses femmes (souvent des travailleuses migrantes) ont été arrêtées et accusées de se livrer à la prostitution, puis violées et soumises à des sévices sexuels. Le chantage et la maltraitance sont devenus, pour certains commissariats, la principale source de revenus ! En Turquie, les femmes ne sont pas seulement torturées dans des commissariats, des prisons, ou autres bâtiments officiels des organes de sécurité. Elles sont également torturées par des centres de détention tenus secrets. Tortures et viols, encore, pendant les conflits armés. Prologue au meurtre, comme en Algérie où, depuis 1993, des centaines de femmes ont été enlevées et torturées par des groupes armés. Dans les régions rurales, en particulier. Afghanistan : plusieurs femmes se seraient suicidées pour échapper au viol. La violence infligée aux femmes lors des conflits n’est pas accidentelle : il s’agit d’une arme de guerre, employée à des fins diverses : semer la terreur, déstabiliser une société et briser sa résistance, récompenser les soldats ou extorquer des informations. La violence envers les femmes, y compris la torture, est l’un des éléments du nettoyage ethnique et du génocide. Impossible, souvent d’accéder à des soins médicaux ou à une réparation en justice. Ex-Yougoslavie, Ouest de l’Ouganda, Est du Congo et Inde : les enquêtes ont montré que la plupart des victimes de viol ne parlent pas par crainte d’être rejetées par la société ou par leur mari. Pour certaines, cette peur est justifiée. Petite touche optimiste : les Tribunaux pénaux pour l’ex-Yougoslavie et pour le Rwanda ont tous les deux émis des actes d’inculpation pour des chefs relatifs au viol et à la violence sexuelle en tant qu’actes constitutifs du crime génocide. Inculpations prononcées contre les auteurs présumés, mais aussi contre leurs supérieurs. Partiel tour du monde, déprimant, révoltant. Y en a-t-il encore pour prétendre que le combat pour l’égalité et la dignité des femmes est révolu.

LAURENCE WURTZ

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