La banlieue, ce n'est pas la Palestine !


Mercredi, 1 Août, 2012
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Pote à Pote n°36, Novembre 1998

Idsa l'Intègre est fondateur de violence verbale, un nouveau journal "strictly hip hop" créé à sens. Inventif, visuel...réussi !

Que penses-tu de traitement de la banlieue dans les médias ?

IDSA L’INTEGRE : Au niveau des grands médias, ils ne font pas de recherches ap- profondies du milieu qu’ils doivent étudier. Ils n’ont pas vécu la même chose, ce qu’ils voient c’est erroné. Pour etre un bon media de la banlieue,il faut etre de la banlieue Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

Quand les mecs font un reportage,ils ont un schéma en tete ;France 3 est venu nous voir,on est passé au 19 /20 ,ils nous disent de<<faites ca et ca :ca fera bien !>>Ils veu- lent qu’on bouge,qu’on danse.Ils nous ont pris pour des blaireaux. France 3 voulait un leader qui parle de la zique, de la banlieue. Ils voulaient qu’on noircisse le tableau,genre : on a eu de la chance, mais chez nous c’est le ghetto. Ils ne connaissaient ni le hip hop, ni la banlieue : ils parlent direct de solaar. Finalement, au montage, ils ont privilégié les moments positifs. Le résultat est plutôt bon par rapport à ce qui se fait d’habitude.

 

En quoi leurs méthodes sont-elles critiquables ?

IDSA L’INTEGRE : Au niveau de l’info, nous, on se déplace, on prend le temps de voir les gens. Les journalistes font ça à la va-vite. Ca les valorise de dire qu’ils bossent dans les quartiers. J’en ai même entendu un comparer la banlieue à la Pales- tine ! Les journalistes sont trop opportunistes, ils ne veulent pas vraiment aider à la com- préhension de la banlieue, mais se faire un nom. Les questions qu’ils posent sont orien- tées, stéréotypées, tendancieuses. Ils ont des préjugés, ils te prennent pour un tebê exprès... Tu peux leur servir n’importe quoi ! Un journaliste, il faut qu’il aille en banlieue avec des mecs de là-bas. Un scientifique qui te parle d’un théorème, il bosse sur le problème depuis le début. Les spectateurs kiffent la violence.

Mais, pour faire de bons papiers, il faut du temps. On est dans une société du mouve- ment et des images fortes, il n’y a plus de traitement dans la durée. Il faut que l’info bouge.

 

Propos recueillis par Karim Madani


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