Bollardière, le général qui s’est rebellé contre la torture


Samedi, 13 Octobre, 2012
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Le Général Jacques Pâris Bollardière est le premier officier français à avoir ouvertement condamné la torture qui sévissait durant la guerre d’Algérie. Il a exigé en 1957 d’être relevé de ses fonctions, refusant d’appliquer des méthodes qu’il estimait contraire aux valeurs de la France.

Un rebelle. Il l’a été toute sa vie pour défendre la dignité humaine. Désobéir aux ordres qu’il ne cautionnait pas était une habitude chez le général Jacques Pâris Bollardière.

 

1956, début de son aventure en Algérie. Il y prend le commandement d’un secteur rural près d’Alger, la Mitidja et l’est de l’Atlas blidéen. Le général au regard insoumis, arborant toujours fièrement son béret, laissant entrevoir ses cheveux noirs de jais, a osé dire « non à la torture » durant la guerre d’Algérie. Un refus catégorique que ce fervent chrétien exprime dès le 27 mars 1957.

 

Défiant ouvertement ses supérieurs, il demande à être relevé de ses fonctions, désapprouvant les «  méthodes et les directives qu’il lui était demandé  d’appliquer ». Une attitude que le général Massu, l’un de ses supérieurs, réfute, estimant que rien ne sera possible sans une élimination du Front de libération national (FLN). « La Gestapo n’a jamais empêché la résistance d’exister », défend pour sa part le général Bollardière.

 

Briser le silence

 

Relevé de ses fonctions, il rentre en France. Et brise le silence, outrepassant son devoir de réserve, en révélant dans L’Express, les raisons de son opposition à la torture. Le directeur du journal, Jean-Jacques Servan Schreiber (JJS), qui a servi sous ses ordres, relate son expérience en Algérie, à travers une série d’articles. Il n’hésite pas à citer le général Bollardière : « Si nous en sommes réduits là, c'est que nous n'avons plus rien à faire ici. » L’article fait scandale. Ce dernier n’aborde pourtant pas tous les détails du conflit. Encore moins la torture. Mais les militaires et le gouvernement de Guy Mollet ripostent, accusant JSS d’avoir porté atteinte « au moral de l’armée ». Pour prêter main forte au journaliste, le général Bollardière signe le 29 mars 1957 une lettre dans L’Express pour confirmer son récit. Il dénonce « l’effroyable danger qu'il y aurait pour nous à perdre de vue, sous le prétexte fallacieux de l'efficacité immédiate, les valeurs morales qui seules ont fait jusqu'à maintenant la grandeur de notre civilisation et de notre armée ».

 

Des propos qui font l’effet d’une bombe. Une occasion rêvée, dans le même temps, pour ses chefs qui cherchaient à le punir. La sanction tombe. Le Général Bollardière écope de 60 jours de forteresse à la Courneuve, en Seine Saint-Denis. Il y reçoit de nombreux messages de soutien, dont celui du ministre de la France d’Outre-mer Gaston Deferre. Ce dernier estime que « son geste a un caractère symbolique aux yeux d'une fraction croissante de l'opinion qui désapprouve les écarts de la répression en Algérie. » Il ne reste finalement au « trou » que deux mois avant d’être envoyé à Brazzaville. Il tentera à plusieurs reprises de retourner en Algérie en vain. Il décide finalement de quitter l’armée le 1er octobre 1961, après le putsch des généraux d’Alger en avril.

 

Prendre son destin en main

 

Infatigable défenseur de la liberté et de la justice, il mène de multiples combats dans les années 70, incitant les individus à prendre leur destin en main. En 1972, il rédige ses mémoires dans un livre, Bataille d’Alger. Bataille de l’Homme, dénonçant les horreurs de la torture.

 

Le parcours singulier du général Bollardière a été peu relaté par les médias. Pour honorer sa mémoire, André Guzat, ancien déserteur durant la guerre d’Algérie, lui consacre un documentaire, Bollardière et la torture. Sur les chaînes françaises ce n’est pas la consécration. Le documentaire est boudé et peine à voir le jour avant 2009, alors qu’il a été tourné en 1973. Signe que la torture durant le sanglant conflit qui a opposé la France et l’Algérie est toujours un sujet tabou.

 

Assanatou Baldé

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